Un code de déontologie pour les journalistes : une idée qui fait son chemin

Un projet de code de déontologie des journalistes vient d’être rédigé par un groupe de « sages », réunis à l’initiative de Bruno Frappat, président d’honneur du groupe Bayard, et président du groupe de travail sur les métiers du journalisme, formé au moment des Etats généraux de la presse, fin 2008. Ainsi, presque un an après ces Etats généraux, l’idée qu’un meilleur respect de la déontologie puisse permettre aux journalistes de retrouver la confiance du public, a fait son chemin. Ce projet de code de déontologie va maintenant être discuté par les partenaires sociaux, les journalistes, les éditeurs. Et demain, rêvons en, il sera annexé à la Convention collective des journalistes, et s’imposera à toute la profession.

En attendant, un texte à faire lire et relire à tous les étudiants en journalisme, à …..leurs aînés, et à leurs employeurs!

 

         PROJET DE CODE DE DEONTOLOGIE

                     DES JOURNALISTES

                  (Synthèse du 20 octobre 2009)

 

  1 - LE METIER DE JOURNALISTE

 1-1 Le journaliste a pour fonction de rechercher, pour le public, des informations, de les vérifier, de les situer dans un contexte, de les hiérarchiser, de les mettre en forme, et éventuellement de les commenter, afin de les diffuser, sous toute forme et sur tout support.

 1-2 Il le fait, au sein d’une équipe rédactionnelle, sous l’autorité de la direction de la rédaction et la responsabilité du directeur de la publication, dans le cadre d’une politique éditoriale définie.

 1-3 Les journalistes et les responsables éditoriaux placent au cœur de leur métier le droit du public à une information de qualité. A cette fin, ils veillent avec la même exigence au respect des règles déontologiques énoncées dans ce code.

 1-4 L’indépendance du journaliste, condition essentielle d’une information libre, honnête et pluraliste, va de pair avec sa responsabilité. Le journaliste doit toujours avoir conscience des conséquences, positives ou négatives, des informations qu’il diffuse.

 2 - LE RECUEIL ET LE TRAITEMENT DE L’INFORMATION

 2-1 Le journaliste doit s’attacher avant tout à l’exactitude des faits, des actes, des propos qu’il révèle ou dont il rend compte.

2-2 Le journaliste examine avec rigueur et une vigilance critique les informations, documents, images ou sons qui lui parviennent. Le souci d’assurer au plus vite la diffusion d’une information ne dispense pas d’une vérification préalable de la crédibilité des sources.

     Le journaliste est attentif aux critiques et suggestions du public. Il les prend en compte dans sa réflexion et sa pratique journalistique.

 2-3 Le journaliste s’assure que les textes, documents, images qu’il présente n’ont fait l’objet d’aucune altération ou falsification de nature à déformer la réalité des faits. Toute modification volontaire d'une image doit être portée à la connaissance du public.

 2-4 L’origine des informations publiées doit être clairement identifiée afin d’en assurer la traçabilité. Le recours à l’anonymat n’est acceptable que lorsqu’il  sert le droit à l'information ; dans ce cas, le journaliste en avertit le public après avoir informé son supérieur hiérarchique de la nature de ses sources.

 2-5 Le journaliste s'interdit tout plagiat. Il cite les confrères dont il reprend les informations.

 2-6 Le journaliste rectifie dans les meilleurs délais et de la façon la plus visible les erreurs qu’il a pu commettre. Il doit avertir le public des manipulations dont il a pu être victime.

 2-7 Le journaliste s’interdit d’utiliser des moyens déloyaux pour obtenir des informations. Dans les cas où le recueil d’informations ne peut être obtenu qu’en cachant soit sa qualité de journaliste soit son activité journalistique,  il en informe préalablement sa hiérarchie, s’en explique auprès du public et donne la parole aux personnes mises en cause.

 2-8 Le journaliste veille à ne faire preuve d’aucune complaisance dans la représentation de la violence et dans l’exploitation des émotions.

 3 - LA PROTECTION DU DROIT DES PERSONNES

 3-1 Le journaliste respecte la dignité des personnes et la présomption d’innocence. Il veille à ne pas mettre en cause, sans information crédible sur les faits allégués, la réputation et l’honneur d’autrui. Il n’abuse pas de l’état de faiblesse ou de détresse de personnes vivant des événements dramatiques pour obtenir d’elles des informations ou des documents.

 3-2 Le journaliste respecte la vie privée des personnes et ne diffuse d'informations dans ce domaine que si elles apparaissent nécessaires à la compréhension d’événements ou de situations de la vie publique.

 3-3 Le journaliste veille à ne pas nourrir la haine, les discriminations ou les préjugés à l’égard de personnes ou de groupes. Il ne relaie pas des réactions de lecteurs, d’auditeurs, de téléspectateurs ou d’internautes qui risquent d’entretenir ces mêmes sentiments.

 4 - L’INDEPENDANCE DU JOURNALISTE

 4-1 Le journaliste garde recul et distance avec toutes les sources d’information et les services de communication, publics ou privés. Il se méfie de toute démarche susceptible d’instaurer entre lui-même et ses sources un rapport de dépendance, de connivence, de séduction ou de gratitude.

 4-2  Le journaliste ne confond pas son métier avec celui de policier ou de juge. Il n'est pas un agent de renseignements. Il refuse toute confusion entre information et promotion ou publicité.

 4-3  Le journaliste s’interdit toute activité lucrative, extérieure à l'exercice de son métier, pouvant porter atteinte à sa crédibilité et à son indépendance.

  

4 Commentaires

Le rêve ce code de déontologie ! Bravo à ceux qui l'ont élaboré !

Son application devient plus qu'urgente quand on voit comment certains journalistes ont volé et donné en pâture à des milliers (certainement plus !) de téléspectateurs une conversation téléphonique privée de Rachida Dati...

Reste à savoir qui veillera à l'application d'un si beau texte et surtout qui osera remettre à leur place ces "journalistes" sans craindre d'être taxés de censeurs...

[Vous avez raison, un code de déontologie ne vaut que par son application. Si la profession, et les entreprises de presse l'acceptent, tous s'engagent à le respecter. Mieux : les journalistes peuvent invoquer ce code pour contester certains choix de leur direction. Certains, dans la profession et dans les associations de défense des consommateurs, du public, souhaitent aussi la création d'un "conseil de presse" qui rendrait des avis, et serait un sorte d'instance d'appel pour ceux qui jugeraient que tel ou tel traitement de l'information a manqué à la déontologie. Ce type d'instance existe déjà dans plusieurs pays européens. La médiatrice.]

Toutes les sources des journalistes sont elles acceptables d'après toi ?

[Selon la médiatrice, toutes les sources sont "acceptables". Cela ne veut pas dire que toutes sont fiables. Un contact, même de confiance, peut se tromper, involontairement ou volontairement. C'est pourquoi le journaliste doit vérifier, "recouper" les informations données par ses sources. C'est toute la difficulté, et la spécificité de ce métier!]

Voici les noms des personnalités qui faisaient partie du comité des "sages", tous journalistes, médiateurs, spécialistes des médias et de l'éthique professionnelle :
Marie-Laure Augry, Maître Basile Ader, Alain Boulonne, Jérôme Bouvier, Jean-Pierre Caffin, Olivier da Lage, Jean-Marie Dupont, Bruno Frappat, Pascal Guénée, Catherine Vincent et Lorenzo Virgili.

Qui faisait partie de ce comité des "sages" ?

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