Petit plaidoyer pour le bien parler français

Les auditeurs et les internautes reprochent assez souvent aux journalistes de RFI de maltraiter la langue française. Leurs remarques sont parfois pertinentes. Parfois moins, mais elles ont le grand mérite de nourrir la réflexion sur l’écriture et le parler journalistiques. A titre d’exemple, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer cet échange indirect entre un auditeur et Yvan Amar, qui présente l’émission « la danse des mots » sur RFI.

Après l’écoute du journal de 11H (heure de Paris) du 30 mars dernier, dans lequel est diffusé un papier de la correspondante aux Etats Unis, Donaig Le Du, un auditeur envoie ce message à la médiatrice :
  
"Bonjour,
Je réagis à l’abus du terme «menu» pour signifier «ordre du jour», «calendrier», «agenda». A 11 heures, votre correspondante aux Etats-Unis a employé par deux fois ce terme.Faut-il y voir l’inexorabilité de l’envahissement des stéréotypes chez vos journalistes et de l’affadissement généralisé de notre langue, eux qui sont les «voix de le France» ? Ce qui vaut pour «menu» vaut également pour bien d’autres nouveaux stéréotypes qui métastasent notre langue.
A vous voir également réagir.
Bien à vous."
 
Je soumis alors ces remarques à Yvan Amar, qui me fit à son tour part des siennes :
 
 "Chère Dominique,
Que dire à cet auditeur?
D’abord que les journalistes, malgré l’urgence dans laquelle ils travaillent, se doivent de soigner leur manière d’écrire, et s’efforcent d’adopter un style précis et agréable. On sait bien en particulier qu’on est souvent à l’affût de synonymes pour aérer le propos et varier les plaisirs. Ordre du jour, calendrier, agenda, chronogramme, programme, menu… n’ont pas exactement le même écho ni les mêmes usages. Mais on est bien content d’avoir tous ces termes à sa disposition pour tâcher d’utiliser le plus pertinent.
 
Ordre du jour, menu, programme ont des emplois assez voisins (les autres mots que je viens de citer renvoyant davantage à une organisation des tâches dans le temps). Ils donnent l’idée des sujets à aborder lors d’une réunion par exemple. Ordre du jour est plutôt administratif, voire officiel ; menu tient de la métaphore gastronomique, évoque une palette de propositions, en précisant d’ailleurs l’ordre et parfois la hiérarchie dans lequel elles apparaissent : le foie gras chaud  aux raisins vient avant les rognons sauce madère ; la taxe carbone après la régulation des pratiques boursières... Et les prix n’y sont pas étrangers (feuilleté aux deux chocolats : supp 4 euros).
 
Cette image me paraît donc tout à fait bienvenue et vient contredire de plein fouet la notion d’affadissement avancée par cet auditeur.
 
Pourtant son agacement a sûrement des raisons : abuse-t-on de ce genre d’images ? Certaines bien sûr sont plus à la mode que d’autres, et ces modes passeront comme le café. Mais qui peut résolument se prétendre au-dessus de l’air du temps ?
Notre auditeur mécontent incrimine la correspondante aux Etats-Unis, mais ne lui fait pas reproche d’utiliser un anglicisme. Il a raison sur ce point : menu n’en est pas un. En revanche, il y voit un stéréotype nouveau, alors que la tournure ne date pas d’hier.
 
Enfin il craint que ces façons de dire ne « métastasent » notre langue… Peste ! En voilà un hideux cliché, doublé d’une syntaxe un peu douteuse : le verbe métastaser n’est en principe pas transitif. Mais on lui pardonne !  Les stéréotypes nous prennent par la main, et si on n’y prend garde, ils pensent à notre place, en décidant tout seuls de leur organisation grammaticale."
 
Pour ma part, et de manière plus générale, j’ajouterai que RFI est une radio française à portée internationale, une radio francophone qui s’adresse à des francophones et à des francophiles, dont certains maîtrisent mal le français, et ambitionnent de l’apprendre. RFI propose d’ailleurs des services spécifiques à tous ces auditeurs et internautes. C’est pour cela qu’à l’antenne comme sur Internet, il me semble qu’elle se doit d’éviter les fautes de français, les clichés usés jusqu’à la corde, les expressions approximatives, le familier, quand il confine au vulgaire. Ces manquements sont heureusement peu fréquents. Mais n’hésitez pas à faire part de vos remarques ! 
 

 

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